Delphine est à la tête de sa petite entreprise. Forte d'une connaissance aigüe du genre humain et de ses détresses, elle a ouvert les portes d'une agence ayant pour motivation de soulager les maux de l'âme... Tantôt fille, tantôt soeur, dame de compagnie ou secrétaire... elle prend différentes identités au gré des besoins de ses clients... Elle traite chaque dossier avec le professionnalisme froid du chef d'entreprise
« Aux yeux de mes clients, je suis quelqu'un qui console et soigne ou qui vend la plus toxique des drogues... »
Enfin, c'est ainsi qu'elle se présente, l'image qu'elle pense donner à ceux qui essaient de la connaître ; une coquille creuse, une machine sans âme, qui vend
mécaniquement un semblant de sentiments... Sa vie se concentre sur sa seule agence. Et pourtant, derrière ses mots, on sent combien tout ceci n'est que façade, un mur qui finalement va craqueler
pour la révéler à elle-même... De ces rencontres, certaines vont compter à son insu : une vieille dame, Pigmalion sans en avoir l'air, un jeune Autiste, qui s'ouvre à elle par un monde virtuel,
un homosexuel, amoureux et mourrant qui saura lui apprendre à aimer sans qu'elle ne s'en aperçoive.
S'ouvrir aux autres, prendre le risque d'aimer, prendre le risque de vivre et de donner sans attendre en retour... Accepter de voir sa vie, de la construire en s'impliquant … pour cela, elle va devoir laisser ce mur de protection qu'elle a méthodiquement construit s'effondrer. Un homme, son homologue masculin bousculera son monde aseptisé de tout sentiment.
« Mais », ai-je repris maladroitement – combien me coûtait d'avouer cela, j'avais l'impression de briser d'un geste ce qui avait maintenu Pour Vous et moi-même debout depuis des années, la colonne vertébrale dont parlait Marja, j'avais l'impression de la démolir d'un revers de main tel un jeu d'osselets, ses pièces répandues ici et là, si nombreuses et dispersées qu'il était inutile d'espérer les assembler à nouveau-, « toutes les vies sont différentes. D'une manière générale, je ne les vois pas. J'entends par là que je ne les regarde pas. Je n'en suis pas fière, mais pour vous dire le fond de ma pensée, elles ne m'intéressent pas. Les gens ne m'intéressent pas. Sauf vous, Jones. »
J'ai aimé lire, au fil des pages, à travers le regard détaché de ce personnage, sa lente et difficile métamorphose, son retour "à" elle-même... Ce roman dresse aussi le portrait de notre société, un monde dans lequel la solitude pèse dans la multitude, un monde qui cherche des remèdes factices à ses peurs, à ses doutes, à ses vides, un monde dans lequel le virtuel prend souvent le pas sur le réel...