Au gré des bobines de fil magique se dévide le conte du Coeur Cousu... On suit le fil d'ariane sans se perdre découvrant page
après page les épisodes de la vie de cette couturière et de ses enfants... par la voix de sa dernière enfant qui connaît de sa mère ce que sa soeur lui a conté.
J'ai ouvert ce livre... commencé la lecture... ai été happée par un tourbillon de mots, de tableaux...
J'ai suivi avec envoûtement Frasquita dans l'accomplissement de son destin : un conte à quête en marge de ce genre littéraire, le roman ne se construit pas de répétitions, tout est nouveau à chaque étape de l'errance (physique parfois psychologique) : les fils rose de l'amour, rouge de la guerre et du sang, noir de la mesquinerie, blanc de l'amitié, bleu de la générosité... une palette illimitée...
on découvre un mari-coq joueur, une enfant lumière nourrie de soleil, un visage redessiné aux points d'amour, un meunier fantôme spectre de générosité, une femme oiseau trop pure pour ce monde, … Mais cet univers fantastique n'est pas plaqué, il nous est dévoilé naturellement et nous y pénétrons sans violence, malgré la cruauté du monde qui finit par se dévoiler sous forme de guerre civile.
C'est l'histoire d'une femme pour qui la quête de la liberté va de soi... Et pourtant une petite boîte qui se transmet de génération en génération à l'aube de leur vie de femme ; une boîte renferme leur vie, leur destin, les prédestine... Chacune porte en elle un don, chacune en est riche, mais chacune en touche aussi la souffrance, chacune seule face à son contenu, mais chacune enchaînée à la lignée...
Photo empruntée à La Maison de Mariette - link
"Ecoutez mes soeurs !
Ecoutez cette rumeur qui emplit la nuit !
Ecoutez ... le bruit des mères !
Ecoutez-le couler en vous et croupir dans vos ventres, écoutez-le stagner dans ces ténèbres où poussent les mondes !
Depuis le premier soir et le premier matin, depuis la Génèse et le début des livres, le masculin couche avec l'Histoire. Mais il est d'autres récits. Des récits souterrains transmis dans le secret des femmes, des contes enfouis dans l'oreilles des filles, sucés avec le lait, des paroles bues aux lèvres des mères. Rien n'est plus fascinant que cette magie apprise avec le sang, apprise avec les règles.
Des choses sacrées se murmurent dans l'ombre des cuisines.
Au fond des vieilles casseroles, dans les odeurs d'épices, magie et recettes se côtoient. L'art culinaire des femmes regorgent de mystère et de poésie.
Tout nous est enseigné à la fois : l'intensité du feu, l'eau du puits, la chaleur du fer, la blancheur des draps, les fragances, les proportions, les prières, les morts, l'aiguille, et le fil... et le fil.
Parfois, des profondeurs d'une marmite en fonte surgit une figure désséchée. Une aïeule anonyme m'observe qui a tant su, qui a tant vu, tant tu, tant enduré.
Les douleurs muettes de nos mères leur ont baillonné le coeur. Leurs plaintes sont passées dans les soupes : larmes de lait, de sang, larmes épicées, saveurs salées, sucrées.
Onctueuses larmes au palais des hommes !
Par delà le monde restreint de leur foyer, les femmes en ont surpris un autre.
Les petites portes des fourneaux, les bassines de bois, les trous des puits, les vieux citrons se sont ouverts sur un univers fabuleux qu'elles seules ont exploré.
Opposant à la réalité une résistance têtue, nos mères ont fini par courber la surface du monde du font de leur cuisine.
Ce qui n'a pas été écrit est féminin."
Je ne peux dévoiler la richesse de ce roman... j'ai été conquise mais encore toute pétrie de ce récit, je ne peux qu'en laisser un tableau impressionniste par petites touches de couleur... ma boîte à moi !
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